LE MARATHON DES SABLES 2011 (4ème et 1er Européen)

Témoignage de Damien Vierdet

LE MARATHON DES SABLES 2011  (4ème et 1er Européen) - Témoignage

Incontestablement l'une des plus grande course nature au monde, même si celle ci se déroule au Maroc, elle est conçue et organiser par un français  « Patrick Bauer » et toute son équipe. Sans doute et sans conteste l'un des organisateurs les plus marquant et innovant de la course nature et bel et bien un précurseur du trail. Plus qu'un passionné Patrick Bauer vous touche par sa générosité, sincérité et son dévouement. Avant ce mois d'avril 2011 j'étais peut être comme vous lecteur ; un néophyte du MDS, ou si vous ne l'êtes pas vous allez sûrement vous retrouver...

                        Je ne m'étalerai pas sur ma course mais plutôt sur mon ressentit et cela en trois étapes, j'espère vous donner l'eau à la bouche et vous faire revivre des émotions vécues.

 

 

 

                        Après un voyage en avion puis en bus nous approchons du bivouac et ce n'est pas les mines réjouis de la majorité des concurrents qui me rassure même si Laurence depuis plusieurs semaines s'employait à m'hotter l'appréhension de l'épreuve à venir. Bon nombre de coureurs ont déjà participé au MDS et je le ressens dans leurs propos, leur assurance, leur gouaille, bref une bonne humeur.  Nous nous retrouvons parmi près de 900 runners motivés,  enjoués, presque joufflue, le teint frais, des tenues multicolores impeccables et les sacs gonflés à bloc comme le moral.

                        Le jour « J » arrive assez rapidement et nous avons tous le regard tourné vers les dunes de MERZOUGA qui nous attendent, comme si elles allaient nous avaler et c'était bien là ma première crainte. Je découvrais donc cet extraordinaire départ sous l'arche au milieu de nul part dans le désert. Ca y est, devant les chevaux sont lancés, certains montrent leur drapeaux, profite de leur fraicheur pour caracoler devant, des cris de bonheur et de soulagement partent de la foule excitée d'être enfin dans l'aventure.

                        La surface est caillouteuse mais plane et la chaleur déjà présente. Je repère les favoris et qui s'écartent de la troupe, ils observent et c'est bien là le commencement d'une course intelligente que les Marocains vont s'employer à dérouler. La mise en jambe sur presque 10km est banale, il y règne une certaine euphorie, je ne vois que des foulées légères autour de moi, me voilà plonger dans un milieu inconnu où tous mes adversaires me font peur. Je remarque leur aisance, une certaine facilité, d'autres parlent et prennent des photos en courant ce qui ne me rassure pas car je ne suis pas autant à l'aise. Alors je me plonge dans ma bulle et pense à Lau, à tous ses conseils et la bagarre qu'elle devra livrer.

                        Nous voilà au pied des superbes Dunes de Merzougga, une vraie mer de sable, et après quelques centaines de mètres je remarque rapidement que contrairement à nos trails sur le continent il n'y a pas de balises tous les 100m... Me voilà avec l'angoisse de me perdre pourtant, il y a bien des concurrents devant moi mais je les vois déjà hésiter alors que les Marocains sont déjà échappés. Une angoisse et un stress positif va surement m'inhiber et me forcer à recoller aux petits princes du désert que sont les spécialistes marocains (Ahansal, El Morabity, Akdar, …) si bien que j'avale plusieurs dizaines de concurrents dont la plupart expérimenté. Je me contente d'un signe de la main pour les encourager ne savant même pas moi même si mon sort ne saura pas le même d'ici quelques km, à savoir rester « planter » dans le sable....

                        Sortie des Dunes de Merzougga et la 1ère étape franchie, ma surprise est de constater ma 5è place que je considère alors à ce moment comme un accident. Puis je patiente pour l'arrivée de Laurence que je languis d'apercevoir et de me rassurer si besoin en est.

 

 

                        Passons à l'étape la plus longue et mythique, celle de 82 km pour cette année. Déjà en ce 4è jour de compétition il est formidable de voir ce bivouac baigner dans son jus. A ce stade il n'y a plus d'apparence ou de faux semblant. Les visages sont marqués, la rudesse apparaît, le départ de cette longue étape est plus que solennelle. Les brouas des départs sont plus discrets mais si la fatigue peut se lire sur les visages, il y a toujours un enthousiasme, cette envie d'aller au bout, vaincre ce défi. Le premier départ a lieu à 9h00 sauf pour les 50 premiers qui partiront à midi. C'est une vague de courage qui s'étiole au coup de feu du départ, tous n'ont qu'un but, tous s'attendent à souffrir, tous vont penser à mille choses,  et ça se lit dans leurs yeux. Même si je vais connaitre un sort identique 3 heures après, ce premier départ me donne la chair de poule, une émotion unique dans un contexte unique.

                       Après une attente sous une tente berbère notre tour arrive, à l'assaut des 82km, sous un soleil au zénith, mais j'ai l'énorme chance et avantage d'avoir ma compagne Laurence dans la course. Un booster supplémentaire, une aide morale même si je me plonge à chaque fois dans ma bulle, concentré sur mes adversaires. Et c'est un régal de voir ses marocains dans ce désert, ils lisent les dunes, le paysage comme si nous lisions un texte de J.J Rousseau. J'ai rarement eu autant de plaisir à voir mes adversaires courir, plaisir d'autant plus grand que j'avais la primeur de fouler leurs traces dans le sable.  Un peu plus d'une heure s'écoule et nous commençons à dépasser les concurrents partis trois heures plus tôt. C'est une grande leçon d'humilité qui vous rebondit en pleine face. A quoi bon se plaindre lorsque vous savez que les concurrents que vous dépassez rentreront bien longtemps après votre arrivée. Et pourtant tous ont cœur à vous encourager et glisser un mot, un réconfort, certain lisent le prénom sur votre dossard début d'une complicité. Des files de coureurs sillonnent ses grandes étendues aussi magnifiques qu'arides et je reste autant fasciné par le courage de ses coureurs que par la découverte de ses nouveaux horizons. Les kilomètres passent, la foulée se réduit, nous contournons le moindre obstacle, herbiers, dunettes, pierres, avec la fatigue s'installe le silence, ou plutôt le souffle du courage. Chaque participant soutient son poursuivant ou son suiveur, une solidarité exemplaire à l'image de l'ambiance insufflée par Patrick BAUER son fondateur

                        Qu'il est beau de voir cette fin de longue étape, où beaucoup auront appris sur eux même, dépassé ses limites, oublier un moment cette vie à l'occidentale, ne pas subir le temps mais le vivre, et c'est bien plus que des hommes et des femmes que nous voyons franchir la ligne...

 

                        Troisième volet de ce récit et là je fait part belle au photographe de l'organisation et vous invite à regarder ses photos qui résument autant que des phrases. Vous y verrez non pas des visages mais des « gueules » des bonnes « gueules ». Vous lirez sur celles ci tout le ressentit, le vécu durant cette semaine en autarcie. Des « gueules » illuminées de joie, de souffrance, de fatigue, d'envie, de volonté et courage, de persévérance, de bonheur....

                        Un vrai révélateur de soi de se voir après une semaine d'effort, fini les visages et tenues aseptisés, la nature a repris ses droits, et les « gueules » se dévoilent et signent son identité.                Tous vos défauts et qualités sont mis à nus durant cette semaine et impossible de tricher avec  vous même.

                        Extraordinaire expérience de course et de vie en bivouac, près de 900 participants qui n'auront pas fait le même chrono mais auront vécu et partagé des ressentis semblables... Une scène de vie inoubliable sur ce bivouac, une vie sociable à ciel ouvert, le même pied d'égalité, de contrainte quelque soit son niveau ou catégorie sociale. Durant une semaine nous redevenons des hommes et des femmes au sens propre du terme avec ses valeurs.

                        Près de 500 bénévoles veillent, non pas pour vous assister mais s'assurer des règles, de la sécurité, un encadrement mesuré, discret et efficace pour permettre de vivre cette expérience sans artifice tout en étant serein.

 

                        Merci, aux amis qui sont restés en France et qui nous envoyaient des messages d’encouragement chaque jour par mail sur le bivouac, et merci à Lilian dont nous courions pour l’association AFH, merci aux coéquipiers de notre tente 36 (Sophie Buy, Hervé Lucak, Bruno Etienne, Jean Noël) pour l’ambiance de solidarité et d’amitié qui régnait entre nous.

                       

                        Enfin, merci Patrick BAUER et tes bénévoles pour cette expérience de vie. De cette épreuve je retiendrais plus cette ambiance et vécu que mon résultat sportif même si j'en suis fier, et enfin merci Laurence de m'avoir entraîné dans ton sillage et partager une aventure supplémentaire en plus de ta vie.

                                                                                                                      Damien VIERDET

                          

                       

 

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